Retours sur la mobilisation dans les EHPAD et services de soin en Occitanie

Publié le 02/02/2018

L’ensemble des treize départements de la région Occitanie étaient mobilisés mardi 30 janvier suite à l’appel national, repris par les syndicats santé sociaux départementaux, de faire grève dans les EHPAD et les services de soins à domicile. 

Ce mouvement de grève résulte de la colère des personnels soignants face aux réformes actuelles et passées, aux moyens financiers, humains, matériels qui baissent d’année en année quand les besoins eux ne cessent d’augmenter. Leurs conditions de travail ne finissent plus de se dégrader, tout comme la qualité d’accueil, d’accompagnement et de soins des personnes âgées.

Concrètement, la baisse des budgets ne permet plus d’embaucher, voire contraint à des réductions de personnel (non renouvellement « brutaux » de contrats CDD et intérim notamment) : un manque de moyens humains qui a des conséquences dramatiques sur la qualité de vie des résident.e.s des EHPAD ou des personnes en maintien à domicile : les tracts diffusés au cours de cette journée font état de « maltraitance institutionnelle » ou de soins qui ne peuvent plus se faire « dans le respect et la dignité ». Dans certains services, il y a jusqu’à 12 patient.e.s par soignant.e, relève Dominique Larousse, SG de santé-sociaux du Gers, alors que le Plan de Solidarité Grand Âge prévoit un.e agent.e ou un.e salarié.e pour un.e résident.e. Un ratio que réclament l’ensemble des syndicats santé-sociaux de la région.

Jocelyne Schlick, SG de santé-sociaux des Hautes-Pyrénées, aborde la question des EHPAD qui sont condamnés avant d’avoir fini d’être construits. Elle cite l’exemple d’un établissement prévoyant 18 salarié.e.s, réparti.e.s en plusieurs équipes, qui auront la charge de 75 patient.e.s. Quant à Corinne Bornes, SG de santé-sociaux du Lot, elle révèle de son côté les plaintes des cuisinier.e.s qui ne peuvent plus pourvoir de repas de qualité pour les résident.e.s. Ils et elles ont dû abandonner les produits frais locaux au profit des produits des grandes centrales d’achats, entraînant un gaspillage conséquent et une forme de malnutrition des personnes âgées.

Ces politiques impactent donc les résident.e.s et leur entourage. Laurinda Anduran, SG de santé-sociaux du Tarn-et-Garonne a remarqué que pour la première fois des patient.e.s et accompagnant.e.s n’ont pas hésité à porter les badges de la CFDT « je suis une richesse » ou « respect pour nos aînés » et à signer la pétition diffusée.

Les conséquences sont lourdes aussi pour les salarié.e.s et agent.e.s à tous les niveaux : arrêts de travail de plus en plus fréquents (TMS, RPS, accidents de travail, burn-out,… ), ils et elles ne se sentent pas écouté.e.s, considéré.e.s, reconnu.e.s par les politiques. Les secrétaires de syndicats dénoncent la tentative du gouvernement de les faire passer pour un coût uniquement et refusent la déclaration de la ministre de la santé Mme Buzin parlant de « problèmes de management ».

Les cadres étaient d’ailleurs nombreux.ses à soutenir le mouvement : Corinne Bornes évoque les injonctions paradoxales auxquelles ils et elles doivent faire face. Ils.elles doivent gérer les plannings des personnels dans des services qui ne désemplissent pas alors que les absences, les démissions, les baisses de personnels sont, elles, toujours plus nombreuses. Soumis.es à un devoir de réserve qui leur interdit de s’exprimer sur leur situation, ils et elles adhèrent de plus en plus, pour être « protégé.e.s, renseigné.e.s ».

Directeurs et directrices étaient aussi présent.e.s : pour Pierre Louis Canavelli, SG de santé-sociaux de la Haute Garonne et de l’Ariège, aucune direction ne peut ignorer les difficultés. A l’EHPAD de Grenade-sur-Garonne, l’un des points de RDV du syndicat, le directeur est également le directeur de l’association de directeurs ayant appelé à la grève (une première !). Ce sont elles et eux qui vont devoir notamment gérer les conséquences de la loi de convergence tarifaire des EHPAD qui favorise certains établissements au détriment d’autres. Dominique Larousse dénonce les effets pervers de cette loi : les établissements accueillant des personnes totalement dépendantes obtiendront plus que ceux essayant de préserver voire de ramener une forme d’autonomie pour les résident.e.s.

Concernant l’annonce des 50 millions supplémentaires par la ministre de la santé, Pascale Laures-Cancalon, SG de santé-sociaux de l’Aveyron, relève l’ironie de la mesure : selon ses calculs cela représentera 3,5en moyenne par an par EHPAD, d’autant que 200 millions ont été supprimés l’année précédente. Elle s’interroge également la destination de l’argent de la journée de solidarité et réclame ainsi plus de transparence. 

Enfin, pour le personnel soignant c’est double peine : conditions de travail difficiles (« culpabilité » de ne pouvoir exercer leur métier dans de bonnes conditions, fatigue, lassitude, non-reconnaissance, salaires minimums en début comme en fin de carrière, perspectives de carrières inexistantes, rappel sur les jours de repos, horaires atypiques, hausse de la CSG non compensée pour l’instant pour les fonctionnaires, rétablissement du jour de carence, …) et capacité de mobilisation faible pour faire entendre leur voix (par respect pour les résident.e.s et afin d’assurer un service continu, une partie des agent.e.s et salarié.e.s sont réquisitionnés). Dans les Hautes-Pyrénées, il a été demandé à celles et ceux soutenant le mouvement de porter des t-shirts ou des brassards noirs, en Haute-Garonne, pour éviter de trop les pénaliser, le syndicat a proposé aux salarié.e.s de s’arrêter d’une demi-heure à une heure pour leur permettre de conjuguer temps professionnel et temps revendicatif. 

Dans la plupart des départements des délégations CFDT ou intersyndicales ont été reçues par le conseil départemental et/ou l’ARS et/ou la préfecture.

A Rodez, Auch, Perpignan, Tarbes, Montpellier, Carcassonne, la CFDT a rejoint le cortège et rassemblements. A Vayrac, Figeac (46), Layguerote (65), Luchon/Saint-Gaudens, Grenade-sur-Garonne (31), Montèche (82), les équipes sont allées à la rencontre des salarié.e.s sur le terrain : une initiative qui a été apprécié et leur a permis de s’exprimer sur leurs difficultés quotidiennes, d’être écouté.e.s et entendu.e.s. A Grenade-sur-Garonne, Marie Brigitte, infirmière au SSIAD (service de soins infirmiers à domicile) a évoqué la difficulté de se faire entendre lorsque l’on ne fait pas partie d’une entreprise « classique » avec la possibilité pour les salarié.e.s d’un même site de s’organiser. Et partout, dans les EHPAD privés et publics des mobilisations locales des agent.e.s et des salarié.e.s.

En Aveyron, Aude, Tarn-et-Garonne, une pétition circule et sera remise aux institutions dans les prochains jours. Dans l’Hérault, le SG de Santé-sociaux, Pierre Payet diffusera très bientôt un nouveau tract afin de pérenniser le mouvement. Dans le Lot et la Lozère, les visites sur le terrain vont continuer pour permettre aux agent.e.s et salarié.e.s des différentes structures de pouvoir s’exprimer sur leur quotidien. Le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes sera l’occasion pour le Lot de soulever la question de la pénibilité des emplois de la santé, secteur très majoritairement féminin. Dans les Hautes-Pyrénées d’autres actions et visites seront organisées.  Dans le Gers, Mr Martin du conseil départemental a proposé d’organiser des états-généraux pour les EHPAD et l’aide à domicile avec toutes les tutelles, conseil départemental et préfecture pour leur permettre d’échanger et de faire remonter leurs revendications. En Aveyron, Pascale Laure-Cancalon espère que se tiendra une table ronde réunissant l’ARS, la préfète et le conseil départemental.  Enfin, dans les Pyrénées-Orientales, l’ARS a affirmé que la question des personnels sera leur prochain chantier, nous informe Conception Delpont (SG).

Tous et toutes espèrent maintenant une réponse de l’Etat : comme le dit Joelle Mazel, SG de l’UD de la Lozère, issue de la fédération santé-sociaux, « on sait que le gouvernement ne peut pas tout régler d’un coup de baguette magique mais il est temps qu’il nous propose des solutions ».

Leurs revendications :
-  Application d’un.e agent.e ou un.e salarié.e par résident.e, tel que prévu par le Plan Solidairité Grand Age
-  Abrogation des dispositions législatives relatives à la réforme de la tarification des EHPAD, contenues dans la loi du 28 décembre ainsi que le retrait des décrets d’application
- Arrêt des baisses de dotation induites par la convergence tarifaire et exige par conséquent le maintien de tous les effectifs des EHPAD y compris les contrats aidés, qui doit être intégrés et sécurisés
- Amélioration des rémunérations, des perspectives professionnelles et de carrière, dans le cadre du Statut et des convention collectives nationales. 

 

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